Actualités — 5 novembre 2012
Coût des soins : la ministre fait feu de tout bois

Dépassements d’honoraires, médicaments, optique, soins dentaires… Marisol Touraine s’affiche sur tous les fronts. Décryptage.

A peine signé l’accord sur les dépassements d’honoraires, obtenu au forceps, que Marisol Touraine ministre des Affaires sociales et de la Santé enfourche une nouvelle cause : « Les soins dentaires et optiques sont l’un des prochains chantiers du gouvernement, annonçait-elle dans les colonnes du Journal du dimanche le week-end dernier. Il faut réguler le prix des lunettes et des prothèses dentaires. La tarification de ces produits doit être mieux encadrée et l’information des patients améliorée. »

Dans cette même interview, la ministre indique également son intention de promouvoir le développement de réseaux de soins qui permettent – ce sont ses dires – « de bénéficier de tarifs plus bas ». Au ministère de la Santé, jamais on ne s’était aussi clairement prononcé en faveur de ce dispositif.

Optique dans le viseur

Il faut dire que nombre d’instances ont validé l’intérêt du modèle, de l’Autorité de la concurrence en passant par l’Igas ou encore la Cour des comptes. Récemment, les députés socialistes ont même déposé un projet de loi autorisant les mutuelles à instaurer « des différences dans le niveau des prestations lorsque l’assuré choisit de recourir à un professionnel de santé, un établissement de santé ou un service de santé membre d’un réseau de soins ou avec lequel les mutuelles, (…) ont conclu un contrat comportant des obligations en matière d’offre de soins. »

Une éventualité qui est loin d’enchanter certains opticiens tant ils voient d’un mauvais oeil le développement des réseaux. Les professionnels de l’optique trouveront peut-être matière à se réjouir dans l’intention affichée par Marisol Touraine de leur confier un certain nombre de tâches afin de diminuer les délais d’attente dans les cabinets des ophtalmos (lire notre dernier billet à ce propos ici).

Un enjeu de taille pour la profession auquel la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof), principale organisation syndicale représentant les intérêts de la profession, ferait bien de s’intéresser plutôt que de s’évertuer à combattre les réseaux de soins, tel Don Quichotte les moulins.

Alzheimer au ministère ?

Les annonces de Marisol Touraine se multiplient. Elles font le jeu des uns ou mécontentent les autres. Elles laissent parfois… perplexe. Que dire ainsi de la création d’un service public d’information sur le médicament que la ministre souhaite voir mis en place au plus vite alors que la disposition est inscrite dans la loi depuis le 29 décembre 2011 ? Cela fait belle lurette que les services du ministère auraient pu publier un décret. Marisol Touraine aurait-elle l’intention de s’accaparer la maternité de cette disposition ? Ce serait mesquin…

Autre projet cher à Marisol Touraine, développer l’accès pour l’usager aux informations sur notre système de santé. Accès qui passe par une plus grande transparence. En cause : « Le manque de lisibilité pour les patients et leur mauvaise orientation sont de puissants facteurs de renoncement aux soins. », a estimé la locataire de l’Avenue Duquesne lors d’une allocution prononcée au congrès de la Mutualité française.

« Jusque là, nous sommes d’accord », indique Barbara N’Gouyombo dans un billet publié récemment sur le site du Huffington Post. Directrice de Fourmi Santé, une société qui publie en ligne un comparateur de tarifs sur le coût des soins, elle a récemment pu vérifier la volonté de transparence des autorités qui ont exigé, via l’Assurance maladie, le retrait de son site des informations sur les dépassements d’honoraires pratiqués par les médecins spécialistes.

La transparence si je veux

Pour Marisol Touraine, pas question en effet que la transparence soit assurée par des acteurs privés. « Je suis convaincue qu’il revient aux pouvoirs publics de rassembler ces informations sur les hôpitaux, pour les rendre plus accessibles et plus transparentes ». Le public seul garant d’une meilleure transparence ? Un discours passéiste qui va à l’encontre des principes de l’open-data.

« Il n’y a aujourd’hui aucune transparence en santé, rappelle à propos Barbara N’Gouyombo. Pouvons-nous comparer facilement les prix des médicaments qui ont été déremboursés ? Le prix des lunettes ? Le prix d’une prothèse ou d’un implant dentaire près de chez nous dont les écarts vont du simple au double ? Le prix d’une prothèse auditive ? Est-ce que comparer en santé est vraiment tabou ?

Oui, des journalistes d’investigation, des complémentaires santé, leurs réseaux de soins qui agissent au niveau de certains professionnels pour négocier les prix en amont, des acteurs du web comme nous voudraient avoir accès à plus des données, pour les rendre accessibles au grand public à travers de nouveaux services, des applications mobiles, mais non, ce n’est pas possible. »

La position de Marisol Touraine semble indiquer que ce n’est pas près de changer. On ne peut avoir raison à chaque fois…

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