Chères dépenses de santé — 17 novembre 2014
Le tarif des soins d’orthodontie à nouveau sur la sellette

Une enquête de l’émission Capital pointe une nouvelle fois les dérives observées dans le secteur de l’orthodontie. Tarifs exorbitants, surdiagnostic, temps de traitement exagérément élevés, recyclage discret des bagues… Ces abus se produisent dans l’indifférence complète des pouvoirs publics.

 

« Tu salueras ta maman de ma part ! Reviens quand tu veux… » C’est le ton enjoué qu’à la caméra de Capital, cet orthodontiste prend congé d’une jeune patiente venue effectuer une visite de contrôle.

« Autoroute, santé, notaires… Pourquoi paye-t-on si cher ? » Dans son édition du 9 novembre dernier, l’émission Capital diffusée sur M6 s’est penchée sur trois secteurs coûtant particulièrement cher aux Français. En matière de santé, les enquêteurs de Capital ont pointé leur viseur sur les orthodontistes qui comptent parmi les professionnels de santé les mieux rémunérés.

En moyenne, ces spécialistes de l’alignement des dents engrangent chaque mois un revenu net de plus de 17 000 €. Tant mieux pour eux mais tant pis pour les parents de leurs jeunes patients qui pour un plan de traitement déboursent, toujours selon Capital, 3000 € en moyenne avant prise en charge par l’Assurance maladie et celle de leur éventuelle complémentaire santé,.

Un revenu deux fois supérieurs à ceux des chirurgiens dentistes

Un chiffre légèrement inférieur aux données publiées en novembre 2013 par l’Observatoire citoyen des restes à charge – une structure informelle mise sur pied par Santéclair conjointement avec 60 millions de consommateurs et le Collectif interassociatif sur la santé (Ciss) – montrant qu’en moyenne un semestre d’orthodontie est facturé 650 € pour un traitement d’une durée de deux ans et demi.

Ce tarif est très variable d’une région à l’autre. Il est par exemple de 1000 € à Paris contre à peine plus de 400 € en Ariège selon les données de notre observatoire. L’Assurance maladie prend en charge le semestre d’orthodontie sur une base forfaitaire de 193,50 €.

« Le reste à charge après remboursement par l’Assurance maladie, de plus de 450 euros en moyenne, précise l’observatoire, peut être pris en charge par la complémentaire santé dans des conditions et à un niveau propre à chaque contrat ». D’après le ministère de la Santé, le montant moyen remboursé par les organismes complémentaires s’élève à 300 € par semestre. Il est de 400 € lorsque le contrat est souscrit à titre collectif contre 200 € pour une couverture individuelle.

Des traitements opportunément rallongés ?

Conséquence de la facturation au semestre : le reste à charge est d’autant plus élevé que le traitement est long. Et plus le traitement est long, meilleure est la rémunération du praticien. Est-ce à dire que certains d’entre eux poussent à la consommation ? Pour le savoir, Capital s’est rendu en caméra cachée dans trois cabinets « choisis au hasard à Paris » avec un jeune homme n’ayant a priori pas besoin de soins. Un diagnostic confirmé dans le premier cabinet mais pas dans le deuxième où un « très léger décalage », selon le spécialiste, appelle un traitement d’une durée de 12 à 18 mois pour des honoraires allant jusqu’à 2500 €.

« Une belle facture pour corriger un tout petit défaut », commente Capital. Dans le cabinet du troisième spécialiste, le montant s’alourdit un peu plus : « Il n’y coupera pas », estime l’orthodontiste qui préconisera deux ans et demi de soins au minimum. Coût total envisagé : près de 5000 €. L’Assurance maladie n’exerçant aucun contrôle sur les plans de traitement proposés aux patients, les orthodontistes sont de toute façon les seuls maîtres à bord.

« Plus le professionnel est lent, explique Marianne Binst, directrice de Santéclair au micro de Capital, plus il peut espacer les rendez vous, prendre de nouveaux patients et générer un chiffre d’affaire élevé sans qu’il y ait la moindre régulation. Quand vous avez un système qui vous permet facilement de tricher pour vous enrichir, malheureusement il se passe toujours un peu la même chose, on observe des dérapages ».

Des tarifs moins élevés au sein de notre réseau

La visite de Capital dans les locaux de Santéclair est également l’occasion de présenter les économies que les bénéficiaires de nos services peuvent attendre au sein de notre réseau d’orthodontistes partenaires.

Exemple avec cette patiente dont l’appel à notre plateforme a été enregistré le jour du tournage, qui s’est vue récemment proposer un plan de traitement à 950 € le semestre là où dans sa zone de résidence plusieurs praticiens partenaires affichent un tarif n’excédant pas 540 €.

Outre la tendance qu’auraient certains à faire durer le temps de traitement, l’enquête de Capital pointe comme autre dérive, sans pouvoir la quantifier exactement néanmoins, le recours à des bagues recyclées qui permet aux professionnels de santé d’encore augmenter leur rémunération. Sans évidemment que le patient n’en soit informé…

Quatre fois plus d’enfants équipés qu’il y a 30 ans

Les auteurs de l’enquête ont ainsi identifié une société dans le sud ouest de la France qui se présente comme le « leader européen du recyclage des brackets et des bagues d’orthodontie ». L’utilisation de produits usagés ayant été recyclés permettrait de diviser le coût des bagues par… 8 !

Un orthodontiste qui paierait ses bagues 15 € l’unité pourrait, selon le simulateur mis à disposition sur le site de cette société, engranger à raison de 150 patients par an jusqu’à près de 60 000 € d’économies. Contactée par Capital, la société n’a pas souhaité s’exprimer. On se demande bien pourquoi.

« Il n’existe aucune statistique sur cette pratique, concluent les auteurs de l’enquête. Ce que l’on sait en revanche, c’est que le prix des appareils dentaires ne baisse pas et que le nombre d’enfants équipés n’a cessé d’augmenter. Ils sont 4 fois plus qu’il y a 30 ans ». Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les pouvoirs publics se décident à instaurer un tant soit peu de régulation dans ce secteur ?

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