Médicaments : le ministère de la Santé se trompe de cible

 

« Le médicament n’est pas un produit comme les autres. Mal utilisé, il peut être dangereux. Suivez la prescription de votre médecin et les conseils du pharmacien. Les médicaments ne les prenez pas n’importe comment ». Tels sont les conseils prodigués par le Ministère de la Santé dans une campagne grand public lancée début mars. Son coût : 2,2 millions d’euros. Son objectif : sensibiliser les assurés au bon usage des médicaments.

Après la campagne de l’Assurance maladie visant à limiter l’usage des antibiotiques, l’usager du système de soin se voit donc une nouvelle fois pris à partie et signifier, en creux, qu’il n’est qu’un dangereux irresponsable consommateur de médicaments.  Suivre la prescription de son médecin et les conseils du pharmacien : la recommandation tombe sous le sens. Sauf que dans les deux cas les professionnels de santé évoqués sont loin d’être irréprochables. L’affaire du Mediator en a apporté la preuve éclatante avec une quantité de médecins épinglés pour avoir prescrit le médicament du laboratoire Servier comme coupe-faim alors qu’il était indiqué aux personnes atteintes de diabète.

A l’automne 2010, l’UFC-Que Choisir a mené une enquête auprès de 50 médecins, visités par un patient se plaignant d’un mal de gorge fictif. Ces consultations ont donné lieu à des prescriptions aberrantes, a conclu l’association de consommateur : « Alors que la personne était en parfaite santé, 52 % des visites ont conduit à la prescription d’antibiotiques ». Et de rajouter : « notre enquête dédouane les patients, dont l’influence sur les prescriptions est faible : seul un médecin de l’échantillon a retiré les antibiotiques de l’ordonnance après que notre enquêteur a émis un doute sur leur utilité ».

Prescriptions à gogo

L’enquête souligne également la prescription excessive : en moyenne, chaque ordonnance comprenait 2,4 médicaments, en plus des antibiotiques ! Certains médecins ont même prescrit des corticoïdes, pourtant non recommandés pour un mal de gorge. Bref, pas besoin de chercher trop longtemps pourquoi la France se singularise tristement dans le paysage européen avec 9 consultations sur 10 se concluant par une prescription de médicaments (deux fois plus qu’aux Pays-Bas), et une consommation de médicaments par habitant supérieure de 40 % à celle de nos voisins européens.

Pour l’UFC-Que Choisir, « l’effort doit donc porter sur l’information scientifique donnée aux médecins, à propos de l’usage des médicaments et des bonnes pratiques thérapeutiques. Cette information objective est d’autant plus cruciale qu’elle doit contrebalancer la pression exercée sur les praticiens par l’industrie pharmaceutique ». Et non pas par les patients.

Les pharmaciens sont eux aussi régulièrement « challengés » par les médias sur la qualité du conseil et de la délivrance. Que-Choisir ou encore 60 millions de consommateurs, ces enquêtes façon « client mystère » révèlent un manque de sérieux inquiétant de la part de certains professionnels. En 2009, l’une d’entre elles a ainsi montré que « face à la demande conjointe d’aspirine et d’ibuprofène, six fois sur dix aucune mise en garde n’avait été communiquée ». Associés, ces deux médicaments sont pourtant susceptibles de provoquer de graves effets secondaires.

La Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), promotrice de la campagne de sensibilisation à la consommation d’antibiotiques se défend de vouloir culpabiliser le consommateur. Il s’agit en s’adressant à lui de préparer l’opinion aux actions menées en parallèle auprès des professionnels de santé. Quant à la toute nouvelle campagne d’information du ministère, elle prévoit « une affichette reprenant les messages clés de la campagne sur le bon usage du médicament et les bons réflexes à adopter à destination des médecins et des pharmaciens ». Sauf qu’en y regardant de plus près (voir sur le site du Ministère : www.sante.gouv.fr), on s’aperçoit bien vite que ces affichettes sont en fait conçues pour être placardées dans les salles d’attentes des cabinets médicaux et dans les officines. In fine, elles s’adressent donc au patient.

Plutôt que de dépenser des millions d’euros pour le culpabiliser, ne serait-il pas plus efficace de mettre la pression sur les professionnels de santé ? Ils sont, en théorie, les premiers garants d’une consommation de médicaments éclairés.

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santeclair

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