Lu/vu dans les médias — 13 juin 2015
Personnes âgées : le fléau des médicaments

L’émission Enquête de santé a consacré son édition du 9 juin dernier à la surconsommation de médicaments chez les patients âgés. Ce fléau est responsable de plusieurs milliers de décès chaque année. Pour les auteurs de cette enquête, la responsabilité des prescripteurs ou celle des laboratoires pharmaceutiques est clairement engagée. Morceaux choisis.

 

« Chaque année en France, les médicaments sont responsables de 13 000 décès. C’est plus que les accidents de la route et les suicides réunis. Médicaments mal pris, mal prescrits, interactions entre molécules, ces accidents sont souvent la conséquence d’erreurs humaines. A l’arrivée, 150 000 personnes sont hospitalisées tous les ans à cause des effets secondaires de leur traitement ».

C’est un constat inquiétant qu’ont dressé Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse en préambule de l’émission Enquête de Santé diffusée le 9 juin dernier sur France 5 et portant sur les dangers d’une utilisation abusive ou inadéquate des médicaments. Le magazine s’est plus particulièrement penché sur les personnes âgées, principales victimes de ces accidents. Cette émission peut être visionnée dans son intégralité sur le site pluzz.fr jusqu’au 9 juillet.

Médicaments, la vieillesse en otage

Les personnes âgées suivant un traitement médical ingurgitent en moyenne 9 médicaments par jour, selon les auteurs du documentaire diffusé en début d’émission. Une étude du supplément santé de la revue Que Choisir publié en février dresse le même constat. Sur 347 ordonnances rédigées à l’intention de patients âgés de 75 ans et plus récoltées pour cette étude, 40 % d’entre elles se sont révélées « inapproprié », selon les analyses des deux expertes en pharmacologie mandatées par la revue. Retrouvez sur notre blog les principaux résultats de cette étude.

Hémorragies, chutes, troubles de la mémoire… L’enquête des journalistes de France 5 révèle que 20% des hospitalisations (soit environ 80 000) chez les plus de 80 ans sont attribuables à des médicaments. Ils seraient par ailleurs à l’origine de 8000 décès par an toujours au sein de cette population. En prescrivant mieux, la moitié des accidents pourrait être évitée. La question se pose avec une acuité plus particulière chez les patients âgés dont l’organisme métabolise avec moins d’efficacité les médicaments qu’ils consomment du fait notamment d’une baisse des capacités fonctionnelles des reins.

« Mourir à cause d’un médicament qui était bien prescrit et qui pouvait effectivement soigner, c’est la faute à pas de chance et c’est le pari auquel on accepte de consentir, estime Bernard Bégaud, pharmacologue à l’Université de Bordeaux, cité par Enquête de santé. Mais mourir à cause d’un médicament dont on n’a pas besoin ou plus besoin, ça c’est une vraie problématique ».

Trop de prescriptions sans concertations

Souvent, les patients âgés sont suivis par plusieurs spécialistes (cardiologue, rhumatologue, neurologue, etc.), chacun y allant de sa prescription sans se soucier des médicaments consommés pour des affections ne les concernant pas. Le médecin généraliste censé veiller à la cohérence de ces prescriptions a souvent bien du mal à jouer son rôle de chef d’orchestre.

Pour le professeur Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie à l’Hôpital européen George Pompidou, « la multiplicité des médecins prescripteurs c’est évidemment un problème majeur. Il observe également « la perte de pouvoir des médecins généralistes sur la prise en charge des personnes âgées. On voit très bien comment les généralistes se trouvent en seconde ligne par rapport aux autres spécialistes. Ils ne sont pas forcément habilités aux yeux des patients et de leur famille à arrêter la consommation de certains médicaments. Paradoxalement, ce sont les seuls à avoir l’intégralité de l’information ».

Autre point soulevé par les journalistes d’Enquête de santé, l’absence totale d’essais cliniques auprès des populations âgées. Un paradoxe, là encore : alors que les personnes de plus de 70 ans consomment la moitié des médicaments en France, elles sont exclues de ces essais. Or on sait qu’elles sont plus fréquemment sujettes à des effets secondaires que les patients plus jeunes. Des essais mieux ciblés permettraient d’améliorer considérablement les connaissances et d’adapter les indications pour les populations âgées.

Un octogénaire sur deux sous somnifère

Encore faut-il que les prescripteurs s’y tiennent. De fait, c’est loin d’être toujours le cas. Exemple avec les médicaments psychotropes, les somnifères notamment, qui sont consommés régulièrement par la moitié des personnes de plus 80 ans, nous apprend le documentaire d’Enquête de santé. Ces médicaments entraînent des chutes dont les conséquences peuvent être dramatiques. C’est ainsi qu’un an après un tel événement 20 à 30 % des personnes âgées sont décédées. 20 000 chutes par an seraient attribuables à la consommation de médicaments psychotropes.

Par manque de temps et de formation, mais aussi parce que les structures spécialisées dans la prise en charge des troubles du sommeil ne sont pas suffisamment nombreuses, les médecins généralistes continuent de prescrire les somnifères sans limitation de durée et sans qu’aucune question soit posée lors du renouvellement. Et ce en dépit des recommandations officielles qui fixent à 30 jours au maximum la durée de consommation de ces médicaments dont on sait que la consommation au long cours ne présente pas ou peu d’efficacité.

 

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