Chères dépenses de santé — 29 septembre 2012
Pour une refondation de la politique du médicament

Quelles solutions pour pallier les différentes failles de la politique française en matière de distribution du médicament ?

Délivrance de génériques en berne, prix trop élevés, offre pléthorique et pas toujours pertinente, surconsommation… L’actualité récente a fait émerger l’une après l’autre les différentes failles de la politique française en matière de distribution des médicaments.

En creux de ces dysfonctionnements, le poids que ce poste représente sur les dépenses de santé, plus de 34 milliards d’euros en 2011, soit près de 20 % de la totalité de la consommation de soins et de biens médicaux. Un montant qui, même s’il a cru moins vite entre 2010 et 2011 que sur l’exercice précédente, continue d’augmenter chaque année. Selon les comptes nationaux de la Santé, publiés en septembre par la Direction de la recherche, des études et des enquêtes statistiques (Drees) du ministère de la Santé, le poste médicament en 2010 s’élève à 532 euros en moyenne par habitant. Ce qui place la France au cinquième rang mondial derrière les Etats-unis, le Canada, l’Irlande et l’Allemagne.

Prix trop élevés

Si les prix sont à la baisse ils demeurent parmi les plus élevés au sein de l’Union européenne. En cause, la part relativement modeste qu’occupent encore les génériques sur le marché qui ne représentent que 13,3% des ventes contre 20 à 26% en Allemagne, au Royaume-Uni et au Pays-Bas. Autrement dit, il y a encore de la marge pour réduire nos dépenses. Confirmation, il y a quelques jours au micro d’Europe 1 par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé : « Les Français consomment trop de médicaments et des médicaments qui en général sont trop chers. » Mieux prescrire et moins consommer : tel est l’objectif avoué pour la ministre qui n’a toutefois pas indiqué comme elle entendait s’y prendre.

On pourrait peut-être commencer par se pencher sur les habitudes de prescription des médecins français qui voient la quasi totalité des consultations (9,7 fois sur 10) déboucher sur une ordonnance alors qu’au Pays Bas ce taux est seulement de 4 fois sur 10 a récemment rappelé Michèle Rivasi, député européenne écologiste. Une façon à peine masquée de pointer l’inaction de l’Assurance maladie qui pourrait se montrer beaucoup plus sévère auprès des gros prescripteurs de médicaments. Dans un billet récent, Santéclair s’est également offusqué de la relative inefficacité des actions menées par l’instance régulatrice sur le front des antibiotiques, dont les Français comptent parmi les plus gros consommateurs en Europe.

La piste d’économie la plus sérieuse a été évoquée récemment par Catherine Lemorton, présidente de la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, avec l’annonce d’un élargissement du répertoire des médicaments génériques. Autre piste : imposer une diminution du prix de ces même génériques en jouant sur la marge grossiste que les pharmaciens empochent lorsqu’ils achètent directement auprès du laboratoire. Efficace sans aucun doute, mais encore trop gentillet à notre goût.

Changements en profondeur

Pour qui voudrait renverser la table, Santéclair aurait une ou deux idées à proposer. Première d’entre elles : modifier en profondeur la politique de fixation des prix du médicament en privilégiant un modèle basé sur l’appel d’offre plutôt que celui en vigueur jusqu’à présent s’appuyant sur d’obscures négociations entre les autorités et les laboratoires. Avantage : booster la concurrence entre les laboratoires pharmaceutiques, ouvrir grand la porte aux génériques et diminuer mécaniquement le coût des médicaments. Un tel modèle permettrait également de limiter la multiplication de produits inutiles, un phénomène réel pointé récemment dans le guide publié par les professeurs Even et Debré et inciterait les laboratoires à moins se reposer sur leurs lauriers. Avec éventuellement un impact positif sur l’innovation thérapeutique. Ce dispositif existe déjà dans d’autres pays. C’est aussi de cette façon là que les hôpitaux se fournissent en produits pharmaceutiques.

Une réflexion s’impose également sur le mode de distribution des médicaments en France. Il suffit de se promener dans le centre ville de n’importe quel centre urbain pour s’en rendre compte : le nombre de pharmacies est beaucoup trop élevés. L’impact sur le quotidien du consommateur serait quasi nul si les autorités décidaient de s’attaquer à ce tabou. En acceptant de diminuer la densité officinale en ville, on peut envisager une diminution des prix sans nuire aux revenus des pharmaciens. Si aujourd’hui ces professionnels de santé se plaignent de difficultés économiques ce n’est pas que les prix sont trop bas – on vient de démontrer que c’est exactement le contraire – mais c’est bien qu’ils sont trop nombreux à se partager le gâteau.

Soyons réalistes, il est peu probable que de telles décisions soient prises dans l’immédiat. Cette automne, les discussions entourant l’adoption du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 laisseront à n’en pas douter une large place à la question du médicament. C’est ce qu’a annoncé la ministre de la Santé Marisol Touraine. Espérons que les mesures adoptées sur ce front ne relèveront pas seulement du dépoussiérage cosmétique.

 

 

 

 

 

 

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