Prises de bec — 22 août 2012
Dépassements (bis) : la solidarité selon la FHP

Dans une tribune publiée dans le quotidien Les Echos, Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée, livre sa recette pour régler le problème (qui d’ailleurs ne semble pas en être un selon lui) des dépassements d’honoraires. Celle-ci ne manque pas de sel.

Qu’on arrête tout de suite les négociations en cours sur les dépassements d’honoraires ! Que de temps perdu estime en effet Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) dans une tribune accordée au journal Les Echos le 8 août dernier. Le porte-voix des cliniques privées en France a trouvé la solution pour régler ce qu’il considère de toute façon comme « un vrai faux sujet ».

Quand l’Assurance maladie, les associations d’usagers ou encore la presse conso s’offusquent des 2,4 milliars d’€ pompés en 2011 dans les poches des Français par les médecins, les spécialistes en particulier, Lamine Gharbi hausse les épaules avec dédain. « Ces sommes sont à relativiser : les dépassements correspondent en réalité à 1,4% des 172 milliards d’€ du budget total consacré chaque année par la nation à la santé ». Les usagers confrontés à des dépassements de plus en plus fréquents et de plus en plus importants – il n’est pas rare que les montant atteignent plusieurs centaines d’€ – apprécieront cette mise en contexte.

Déni de solidarité

L’analyste n’est pas (complètement) déconnecté de la réalité et convient quand même que des dépassements d’honoraires importants posent problème aux revenus les plus modestes. Afin de régler cette situation, Lamine Gharbi avance une idée toute simple : la « socialisation ». Autrement dit, si les dépassements d’honoraires menacent l’accès aux soins, l’Assurance maladie n’a qu’à les prendre en charge.

A commencer par les 700 millions de dépassements facturés en milieu hospitalier, suggère Lamine Gharbi qui à bien y penser verrait bien sa brillante suggestion appliquée à l’ensemble des dépassements d’honoraires facturés par les médecins français :  »Peut-on aller encore plus loin et envisager un reste à charge zéro pour le patient ? Oui, à condition de revaloriser le tarif des praticiens à leur juste valeur – notamment ceux bloqués en secteur 1 depuis des années – et socialiser en contrepartie les 2,4 milliards d’euros de dépassements. » Rien de moins…

Une vraie fausse bonne idée

N’en déplaise à Lamine Gharbi, la question des dépassements d’honoraires ne se pose pas seulement en termes de solvabilisation des honoraires. Elle soulève aussi celle de la juste rémunération des médecins. Nombre d’entre eux usent et abusent de la liberté tarifaire que leur ont accordée les autorités au début des années 1980. En publiant avec 60 millions de consommateurs un dossier complet sur les dépassements dans le public et les abus de certains praticiens, Santéclair a largement participé à inscrire le sujet à l’agenda politique.

Si aujourd’hui les représentants des médecins sont assis à la table des négociations face à l’Assurance maladie et aux organismes complémentaires, c’est en partie parce qu’on attend d’eux qu’ils s’engagent sur des pratiques tarifaires plus vertueuses. Le patron de la FHP fait semblant d’ignorer cette évidence. Ce faisant, il affiche sans complexe son mépris vis à vis de la collectivité au profit d’un corps médical qui ne lui en demandait certainement pas tant.

Pour lire la tribune de Lamine Gharbi, c’est par ici.

 

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