Les vrais chiffres du renoncement aux soins dentaires

Les études visant à quantifier les renoncements aux soins s’appuient généralement sur des éléments déclaratifs. Santéclair s’est penché sur le cas de 500 patients nous ayant soumis une demande d’analyse de devis dentaires afin de vérifier, un an après, si les traitements avaient ou non été engagés. Les résultats de cette étude montrent qu’un reste à charge élevé constitue un véritable frein pour l’accès aux soins.

Le champ de cette enquête porte sur 500 dossiers d’assurés – collectés de façon aléatoire hors bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU) ou de l’Aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) – ayant effectué une demande d’analyse de devis dentaires auprès de nos services. En juin 2015, un an après l’analyse de ces dossiers, nous avons vérifié les données de remboursement des assurés afin d’identifier dans quelle mesure ils avaient eu recours aux soins qui leur étaient proposés. Précisons que les patients composant cet échantillon n’ont pas eu recours à notre réseau de chirurgiens-dentistes partenaires.

Sur les 500 dossiers examinés :

- 448 concernent des soins prothétiques, 52 des soins d’implantologie.

- 397 devis supposent un reste à charge supérieur à 250 €. Pour 200 d’entre eux, le montant à régler par le patient est supérieur à 1000 €.

La moyenne d’âge des assurés renonçant aux soins dans cette enquête est de 50 ans avec un nombre moyen élevé de dents à traiter (5,3).

Un renoncement au soin dans près de 40 % des cas

Un an après la remise du devis, 38 % des assurés de notre échantillon (190 dossiers) n’avaient pas engagé les soins, 17,6% d’entre eux (88 dossiers) ne les ayant réalisé que partiellement. Sur 500 patients, 213 seulement (42,6%) ont effectué la totalité du plan de traitement proposé. Notons que les interventions lourdes et donc coûteuses ne sont pas les seules à décourager les patients qui sont également susceptibles de renoncer en grand nombre pour un plan de traitement de une à trois dents.

Près d’un patient sur deux passe son chemin en cas de reste à charge supérieur à 1000 €

Les professionnels de santé avancent fréquemment que le renoncement aux soins n’est pas forcément attribuable à l’existence d’un reste à charge. Ce constat est confirmé dans notre étude qui montre un renoncement de 20% dans le cas d’un reste à charge nul. Il n’en demeure pas moins que plus celui-ci augmente moins les soins sont réalisés. Au-delà de 2000 € de reste à charge, seul un patient sur 5 les mène jusqu’à leur terme.

Les implants dentaires, un soin quasi inaccessible

Sur 52 devis relatifs à des soins d’implantologie, 23 (44,2%) ont été l’objet d’un abandon et 20 (38,5%) ont donné lieu à une réalisation partielle des soins. Ces taux sont respectivement de 37,3% et 15,2 % pour les actes prothétiques.

Quelles conséquences à ces renoncements ?

Parmi les patients ayant renoncé aux soins, 44% nécessitait un traitement des dents antérieures (visibles) et 41% des dents de l’arrière de la bouche (11% des devis ne précisent pas les numéros de dents et 4% concernent des patients pour lesquels l’ensemble de la dentition est à reprendre). Ces renoncements entraînent des conséquences d’ordre esthétique avec un impact social marqué sur la population active (61 % des patients nécessitant un traitement des dents de devant sont âgés de 20 à 59 ans) et des difficultés à s’alimenter (perte de poids, déséquilibre alimentaire). L’absence de soins aggrave par ailleurs le risque de complications cardiovasculaires ou encore de pathologies endocriniennes, le diabète en premier lieu.

Résumé et enseignements

Cette étude montre que les tarifs pratiqués par la profession génèrent de lourds restes à charge que les patients ne sont pas toujours en mesure d’assumer.  Rappelons que les patients de notre échantillon ne se trouvent pas en situation de précarité, aucun d’entre eux n’étant éligible à la CMU ou à l’ACS.

Face aux restes à charge en dentaire, le choix d’augmenter le niveau des garanties complémentaires n’est pas forcément une bonne solution car il génère mécaniquement une hausse des cotisations que beaucoup ne peuvent assumer. Pour les patients confrontés au renoncement, les réseaux de soin constituent une réponse possible dans la mesure où ils permettent de diminuer le reste à charge sans augmentation des cotisations.

Le fort taux de renoncement observé au sein de la population, y compris parmi les personnes qui ne se trouvent pas en situation de précarité financière doit amener les acteurs du système à s’interroger sur les solutions à mettre en place afin de remédier à cette situation en proposant des soins moins coûteux aux patients.

En modifiant leurs pratiques, les chirurgiens dentistes seraient en mesure de proposer une baisse significative de leurs tarifs sans voir pour autant leurs revenus diminuer : exercice groupé, spécialisation, recours plus fréquent à du personnel paramédical (assistantes ou hygiénistes dentaires). Le statu quo n’est en tout état de cause pas satisfaisant.

 

 

 

Articles liés

Partage

About Author

santeclair

Commentaire (0)

Les commentaires sont fermés.