Prises de bec — 12 juin 2013
L’observatoire qui fait péter les plombs

« Journalistes de chiottes », « Propagande », « Désinformation », « Revue de planqués », juste bonne à se « torcher le cul »…

… Elégants, ces commentaires de médecins relevés sur le site de 60 millions de consommateurs suite à la publication de l’Observatoire citoyen des dépassements d’honoraires. Cet observatoire, la revue de consommation l’a concocté avec le Collectif Interassociatif sur la Santé (Ciss) et Santéclair à partir des chiffres provenant de l’Institut des données de Santé (IDS). Objectif : suivre au fil du temps « l’évolution des sommes restant à la charge de l’usager ».

Une idée insupportable pour nombre de médecins qui ont assailli le site web de 60 millions de consommateurs de commentaires parfois très violents. Dans ce flot d’insultes, quelques internautes ont bien tenté de faire entendre leur voix. Immédiatement ramenés à l’ordre par la horde vociférante de médecins, ils ont vite renoncé.

Selon ces médecins, les dépassements d’honoraires sont tout à fait justifiés. Le tarif des actes n’ayant pas évolué depuis parfois plus de trente ans, il est normal que les professionnels de santé se rattrapent. L’enquête de 60 millions de consommateurs ne manque d’ailleurs pas de le préciser. Qu’importe, le simple fait d’évoquer la question des dépassements suscitent chez certains une véritable hystérie. Des dépassements ? Et alors ?

Des toubibs qui perdent les pédales

C’est quand même normal que les médecins gagnent bien leur vie. C’est vrai quoi, ils ont étudié de longues années, dans des conditions difficiles et sauvent des vies tous les jours. Qui peut en dire autant ? « Au vu de la responsabilité, de l’excellence, de l’investissement et de notre indispensable rôle pour maintenir un peuple en bonne santé », confirme avec modestie ce praticien exerçant à Paris dans une clinique privée : « nous devons gagner BEAUCOUP d’argent. Un chirurgien à moins de 400 000 euros brut, c’est une honte (moyenne nationale autour de 150 000 euros, ndlr).

Je suis chirurgien et je défie quiconque ose me dire que je j’ai pas de liberté tarifaire, de prendre le bistouri à ma place ». Et de conclure, un brin exalté, le praticien : « Je ne veux pas être riche, je le dois, car je le mérite ! Il faut laisser parler les jaloux, et ne pas se dévaloriser : ON DOIT TRES BIEN GAGNER NOTRE VIE. Nous sommes à un tel niveau de compétence IRREMPLAÇABLE. Ça ulcère les jaloux, je comprends, pas facile de se dire que celui qui vous soigne est un pur produit de l’excellence et la méritocratie française. »

Souhaitons aux patients de ce chirurgien qu’il sait faire preuve d’un peu plus de sang-froid dans la vraie vie… Les attaques subies par l’observatoire des dépassements d’honoraires ne sont pas le simple fait de quelques excités. Dans un style plus polissé, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), principal organe représentatif de la profession, s’est fendu le 5 juin d’un communiqué appelant ni plus ni moins à ce que l’Observatoire cesse toute activité.

La CSMF fait les gros yeux

Explication : Dans la foulée de l’adoption de l’Avenant n°8 à la convention médicale visant à encadrer les dépassements d’honoraires (signé par la CSMF, l’Assurance maladie et l’Unocam pour les complémentaires santé), il a également été décidé de mettre en place un dispositif de surveillance des pratiques tarifaires. Une première réunion en ce sens était prévue, tranquille, le 26 juin prochain.

Invité à participer à cet observatoire, le Ciss se trouve plus particulièrement dans la ligne de mire de la CSMF : « Dès lors que le CISS est par ailleurs promoteur avec une association de consommateurs et des complémentaires santé d’un observatoire privé, la CSMF estime qu’il y a conflit d’intérêt et qu’il ne peut pas siéger à la fois dans ces deux structures. La CSMF demande donc au CISS de choisir s’il veut participer aux travaux de l’observatoire conventionnel ou s’il veut continuer à promouvoir son observatoire privé. »

Vexée de s’être fait griller la politesse par notre Observatoire citoyen (rien ne l’empêchait d’être plus diligente), la CSMF souhaiterait le voir disparaître. De fait, advenant que le Ciss, seul habilité à obtenir les données de l’IDS, cède à ses menaces, l’Observatoire citoyen ne pourrait tout simplement pas continuer d’exister. On se demande bien ce que craint la CSMF…

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santeclair

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