Actualités — 11 octobre 2012
« Ras le bol des délais d’attente chez l’ophtalmo ! »

« Pendant qu’elles mènent leurs querelle corporatistes, les consommateurs patientent parfois des mois et des mois pour un simple contrôle de la vue. » 60 millions de consommateurs se penche dans son édition d’octobre sur les délicates relations entre professionnels de l’optique. Ophtalmos, opticiens, orthoptistes… ces différentes professions devraient pouvoir s’organiser, estime la revue, afin d’améliorer l’accès aux soins des usagers en matière de prescriptions de verres correcteurs notamment.

Emmenés par le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) et son président Jean-Bernard Rottier, les médecins se montrent plus que réticents à lâcher le morceau. Tant pis pour les usagers qui doivent parfois patienter jusqu’à plus d’un an pour un simple examen visuel. De fait, les effectifs d’ophtalmos sont loin d’être suffisants. Peu de chance que la situation aille en s’améliorant. « D’après les projections réalisées en 2009 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, le nombre d’ophtalmologistes devrait baisser de 30% à l’horizon 2030 », apprend-on à la lecture de cette enquête.

Des délais évitables

« Bien sûr, le diagnostic comme le traitement des pathologies oculaires doivent rester du ressort des médecins. L’immense majorité des paramédicaux s’accordent là dessus. » Pour le reste, 60 millions de consommateurs estime que les ophtalmos pourraient voir une partie de leurs prérogatives déléguée aux autres professionnels. Santéclair abonde dans ce sens.

Cette délégation de tâche existe déjà mais ne participe que peu à désemplir les cabinets des ophtalmos. C’est ainsi que depuis 2007, les opticiens ont le droit de renouveler les verres correcteurs des patients de plus de 16 ans munis d’une ordonnance datant de moins de trois ans. Sollicitée par la revue de consommation, l’Assurance maladie indique pourtant que cinq ans après la mise en place de ce dispositif, le taux de renouvellement n’est que de 12 à 18% selon les régions. Un taux dont on ne s’étonnera pas puisqu’il est peu connu du grand public. Et pour cause, les opticiens ne sont pas autorisés à en faire la promotion.

Augmenter la période de validité de la prescription médicale ? C’est l’option que défendent certains syndicat d’opticiens et dont il a été question lors des discussions entourant l’adoption de la dernière loi de consommation. Las, celle-ci n’a jamais été promulguée. Tant mieux ont estimé les ophtalmos qui voient d’un mauvais oeil la possibilité qui serait laissée aux opticiens de prescrire des verres correcteurs alors qu’ils en font également le commerce. « Un mélange des genres effectivement délicat », convient 60 millions de consommateurs.

Peu de recours à la délégation

Autres acteurs, les orthoptistes disposent depuis 2007 également de compétences élargies et sont habilités, sur prescription médicale, à effectuer des examens de la vue. Ils peuvent également réaliser certains actes participant du dépistage mais sous la responsabilité d’un médecin. Typiquement ces professionnels de santé sont rattachés au cabinet d’un ophtalmo. Explication, au micro de 60 millions de consommateurs par Jean-Bernard Rottier : « Lors de consultations aidées, l’orthoptiste effectue les quatre premiers temps de l’examen (interrogatoire, mesures de la vision, et de la tension, examen des muscles de l’oeil). L’ophtalmologiste, lui, se charge ensuite de l’examen de l’oeil, de la synthèse de tous les éléments et de la prise de décisions thérapeutiques. Cela fait gagner sept à treize minutes au médecin sur une consultation de vingt minutes. »

Cette organisation ne rencontre pas non plus un franc succès. Selon le Snof, seulement 15 à 20% des ophtalmos emploient des orthoptistes au sein de leur cabinet. Pourquoi ? Parce que les spécialistes n’ont pas forcément les moyens d’embaucher. Seuls ceux qui travaillent en secteur 2 [et donc autorisés à pratiquer des dépassements d’honoraires] pourraient se le permettre selon le président du Snof. Une explication qui prête à sourire puisque la majorité des médecins exerçant cette spécialité sont libres de leurs honoraires.

Ortho, opti ou opto ?

Des opticiens et des orthoptistes sous-utilisés, certains militent pour l’instauration d’une nouvelle profession déjà reconnue dans plusieurs pays d’Europe mais pas en France : les optométristes. « Des formations universitaires sont déjà ouvertes pour les opticiens français souhaitant se spécialiser », précise 60 millions de consommateurs. Dans les pays où ils sont autorisés à exercer, leur activité se situe à mi-chemin entre les opticiens et les ophtalmos.

Dans l’Hexagone, deux courants s’affrontent. L’Association des optométristes de France (AOF), un des deux syndicats représentants les opticiens formés en optométrie revendique l’adoption d’un « cadre réglementaire de l’activité qui permettrait de définir les devoirs et responsabilités de ces professionnels, en précisant l’articulation de leurs activités avec l’exercice médical des médecins. »

Outre l’examen visuel et la contactologie (examens spécifiques, essais, équipement en lentilles de contact, contrôle, suivi du port), l’AOF prétend que les optométristes pourraient assurer le dépistage des pathologies oculaires et adresser le cas échéant les patients à l’ophtalmo. Une position que ne soutiennent pas l’Union des opticiens (Udo) et le syndicat national des optométristes (SNO) estimant que le dépistage doit rester l’apanage des spécialistes de l’ophtalmologie.

Une guéguerre qui prêterait presque à sourire

Défavorable à un élargissement des responsabilités confiées aux opticiens optométristes, le Snof leur préfère les orthoptistes mais conditionne le développement de ce dispositif à une augmentation des honoraires de spécialistes. La solution à privilégier est de toute façon ailleurs, estime le syndicat. C’est ainsi que Jean-Bernard Rottier plaide en première intention pour que soit levé le numerus clausus dans les facultés de médecine afin qu’augmente le nombre de spécialistes formés tous les ans.

Compte tenu de la durée de formation d’un médecin spécialiste, on peut sans grand risque de se tromper affirmer que ce n’est pas demain la veille que la question des délais d’attente dans les cabinets d’ophtalmos sera réglée. « Cette guéguerre prêterait presque à sourire, si l’enjeu n’était pas la santé de nos yeux », conclut l’enquête de 60 millions de consommateurs.

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